Développement sur mesure (build) ou SaaS (buy) ? La réponse est en train de changer
Disclaimer : TCM est spécialiste du développement sur-mesure, vous pourriez penser que nous privilégions systématiquement le build… mais ce n’est pas vrai ! Nous aimons bien les solutions SaaS quand cela fait du sens. En plus, dans cet article nous avons tenté d’être parfaitement objectif !
Le mythe fondateur : le SaaS est moins cher
Pendant quinze ans, on a répété dans les comités d’investissement IT : « Pourquoi réinventer la roue ? Il y a un SaaS pour ça. » C’était souvent vrai. Développer un CRM quand Salesforce existait, c’était un choix douteux. Refaire un outil de ticketing alors que Zendesk faisait le job, encore plus.
Le raisonnement classique tenait en trois lignes :
- l’éditeur amortit ses coûts de R&D sur des milliers de clients,
- vous bénéficiez de la mutualisation, donc d’un coût marginal faible,
- le développement custom coûte cher, est risqué et vieillit mal.
Ce raisonnement est remis en cause. L’arrivée de l’IA générative dans le développement fait vaciller le troisième pilier de cette logique.
Partie 1 : Le vrai coût du SaaS
Quand on vous vend un SaaS à 50 €/utilisateur/mois, on vous vend un prix de licence. Pas un coût total…
1.1 · Les coûts d’intégration : le cadeau empoisonné
Aucun SaaS ne fonctionne seul. Il doit parler à votre SI, à votre annuaire, à votre ERP, à vos outils internes. Et c’est là que la facture commence à ne plus ressembler au devis initial :
- Connecteurs et API : payants au-delà d’un certain volume ou non compris pour les éditions standard,
- Intégration SSO : souvent réservée aux éditions Enterprise (multipliez le prix par 2 ou 3),
- ETL / synchronisation de données : un projet à part entière,
- Custom fields, workflows, automatisations : si l’outil ne gère pas votre cas, vous devrez quand même développer autour.
Sur un déploiement Salesforce moyen, il est admis que les coûts d’intégration et de configuration représentent entre 1x et 3x le coût annuel des licences. Pour un SaaS RH, c’est souvent pire. Pour un ERP, n’en parlons pas.
1.2 · Le « vendor lock-in »
C’est le coût que personne ne sait calculer d’avance mais que tout le monde subit. Vous avez choisi un outil il y a trois ans. Aujourd’hui :
- vos processus sont adaptés aux limitations de l’outil,
- vos données sont dans son format,
- vos équipes sont formées à son interface (qui est parfois compliquée),
- l’éditeur le sait et augmente ses tarifs de 15 % par an pour aligner avec la valeur livrée.
Ce coût d’enfermement (vendor lock-in) est invisible dans un Excel de comparaison. Il devient de plus en plus important. Et la migration vers un concurrent coûte généralement plus cher que les trois années d’économies espérées en changeant.
1.3 · Le coût de la roadmap qui n’est pas la vôtre
L’éditeur a très souvent beaucoup de clients. Même si vos demandes sont dans sa roadmap, il est probable qu’elles n’aboutissent jamais (ou dans deux ans), qu’elles soient packagées différemment ou au prix d’une montée en gamme. Donc, pendant ce temps, vous attendez, vous bricolez des contournements et vous payez pour des fonctionnalités que vous n’utilisez pas.
Ce coût-là est rarement chiffré. Il devrait l’être.
1.4 · Le coût marketing que vous payez
Quand vous payez une licence SaaS, vous payez l’éditeur, donc son équipe commerciale, son équipe marketing, ses sponsors de conférences, ses budgets Google Ads, et son CSM qui vous appelle tous les trimestres pour upsell. Les éditeurs SaaS B2B ont des ratios sales & marketing de 40 à 60 % du chiffre d’affaires. Vous payez tout ça.
Quand vous optez pour un développement sur mesure en interne ou avec un partenaire, ces 40 à 60 % n’existent pas. Vous payez du développement.
Partie 2 : Comment l’IA a rebattu les cartes du développement sur mesure
Jusqu’à il y a peu de temps, le principal argument contre le développement sur mesure était imparable : développer coûte cher et prend du temps. Cet argument est en train de tomber. Pas parce que l’IA remplace les développeurs (c’est encore un fantasme), mais parce qu’elle change radicalement la productivité d’un développeur.
2.1 · Une plus grande productivité
Dans nos équipes, sur du PHP/Symfony et du React, l’usage outillé d’assistants IA (Copilot, Cursor, Claude) génère des gains de productivité mesurables sur :
- Le code de base : CRUD, formulaires, validations, tests unitaires… facilement 40 à 60 % de temps économisé,
- La documentation : générée à la volée, à un niveau de qualité que peu d’équipes atteignaient avant,
- Les tests d’intégration : beaucoup plus rapides à écrire.
Le code métier complexe, les choix d’architecture, les décisions produit ne sont pas beaucoup impactés par l’IA. Mais ces tâches représentent une fraction du temps total d’un projet.
2.2 · Le seuil de rentabilité du sur mesure a baissé
Prenons un exemple : une application métier sur mesure qu’on aurait estimée à 120 jours-homme en 2021. Avec un usage discipliné de l’IA dans le workflow, ce même outil se livre aujourd’hui en 70 à 85 jours-homme, à qualité équivalente. C’est ce qu’on observe.
Conséquence : des projets qui étaient hier trop chers à développer en spécifique (donc on prenait un SaaS) passent en territoire rentable en développement sur mesure. Le ratio change.
2.3 · La maintenance n’est plus le sujet
L’autre argument classique contre le développement sur mesure : « Et qui maintient ? » C’était un vrai problème quand le développeur d’origine partait, que la doc était inexistante, que la techno avait vieilli. L’IA résout une bonne partie de ces problèmes :
- onboarding accéléré sur une codebase existante (l’IA l’explique),
- refactoring assisté pour suivre les évolutions de framework,
- documentation auto-régénérée,
- tests de non-régression plus simples à maintenir.
Le coût de maintenance d’un outil sur mesure, qui était la grande peur des DSI, devient comparable à celui de la maintenance d’une intégration SaaS lourdement personnalisée. Parfois inférieur.
Partie 3 : Modèle de TCO : faites le calcul !
Voici un modèle TCO (Total Cost of Ownership) sur 5 ans que l’on propose :
3.1 · Coûts du scénario SaaS (5 ans, mais vous pouvez aussi le faire sur 3 !)
| Poste | Comment le calculer | Piège fréquent |
|---|---|---|
| Licences | Prix mensuel × utilisateurs × 60 mois | Oublier les augmentations du prix (+10 à 15 %/an) |
| Seuils | Modules Enterprise nécessaires (SSO, API, audit) | Estimer sur la version de base qui ne sera pas suffisante |
| Intégration initiale | Jours-homme × TJM (interne ou ESN) | Sous-estimation très fréquente de ce poste |
| Configuration & paramétrage | Souvent 30 à 80 j-h selon complexité | Oublier que c’est une tâche qui doit être refaite à chaque évolution majeure |
| Formation utilisateurs | Heures de formation × nombre d’utilisateurs × coût horaire chargé | Ne pas prendre en compte le turnover |
| Connecteurs & API tiers | Coût annuel des middlewares | – |
| Évolutions custom | Développements pour combler les manques de l’outil | Le ratio est souvent de 20 à 40 % du coût licence sur 5 ans |
| Coût d’exit | Migration des données + refonte si changement d’outil | – |
| Coût d’opportunité | Fonctionnalités non disponibles dans l’outil | Le calculer, même grossièrement |
3.2 · Coûts du scénario développement sur mesure (5 ans)
| Poste | Comment le calculer | Piège fréquent |
|---|---|---|
| Conception & UX | 10 à 20 j-h pour un outil métier moyen | – |
| Développement initial | J-h × TJM, avec coefficient IA de 0,6 à 0,8 | Garder les ratios de productivité de 2021 |
| Tests & recette | 20 à 30 % du dev | – |
| Hébergement | Cloud sur 60 mois | Conseil : surdimensionner par prudence |
| Maintenance corrective | 15 à 20 % du coût initial / an | Surestimer, l’IA aide ici aussi |
| Maintenance évolutive | À budgéter explicitement (≠ corrective) | Le confondre avec la maintenance corrective |
| Sécurité & conformité | Audits, pen tests, RGPD | Oublier que c’est aussi à faire pour le SaaS |
| Documentation | Générée largement par IA, à valider humainement | – |
| Risque projet | Provision de 15 à 25 % sur le coût initial | – |
3.3 · La grille de décision : au-delà du chiffre
Le TCO donne un nombre. Ce nombre n’est pas la décision. Pondérez avec ces critères :
- Spécificité métier : si votre besoin est très standard (compta, paie, mailing), le SaaS garde un avantage écrasant. Si votre besoin est différenciant (cœur de votre proposition de valeur), le développement sur mesure est presque toujours indiqué : vous n’externalisez pas votre avantage concurrentiel à un éditeur.
- Vitesse de mise en marché : un SaaS, c’est vite déployé. Un développement sur mesure, ça prend des semaines. Si vous devez livrer dans 30 jours, la question ne se pose pas.
- Sensibilité des données : certaines données ne devraient pas vivre dans le cloud d’un éditeur tiers. Le sur mesure redevient compétitif dès qu’on intègre la valeur du contrôle.
- Réversibilité : avec un développement sur mesure, vous pouvez tout. Avec un SaaS, vous pouvez ce que l’éditeur veut bien. Cette asymétrie a une valeur monétaire que les DAF ne savent pas calculer mais qui existe.
Partie 4 : Trois exemples
Pour rendre ça concret :
Workflow métier spécifique
Outil de gestion d’un processus métier spécifique (workflow d’approbation, suivi de production, gestion de contrats sectoriels). En 2021, on prenait un SaaS générique mal adapté + 200 j-h d’intégration. En 2026, on fait le choix d’une application métier sur mesure livrée en 80 à 100 j-h, avec un produit qui colle exactement au métier. Le TCO 5 ans est inférieur, et le résultat est meilleur. C’est probablement le segment où le basculement est le plus net.
Petit outil interne
Petit outil interne pour 20 utilisateurs. En 2021, on avait un SaaS à 30 €/utilisateur/mois faute de mieux. Coût 5 ans : 36 000 € pour un outil moyen. En 2026, le développement sur mesure peut tenir en 15 à 25 j-h. À 700 €/jour TJM interne, on est à 10 000-15 000 €. Le SaaS n’est plus rationnel.
ERP ou CRM standard
ERP ou CRM standard. En 2021 comme en 2026, on achète. Refaire Salesforce ou SAP, ce n’est pas un projet, c’est un suicide. La règle reste : on n’attaque pas une catégorie où des éditeurs investissent des milliards en R&D depuis vingt ans.
Conclusion
Le réflexe pavlovien « toujours SaaS » qui prévalait depuis 2010 a vécu. Le réflexe inverse « le SaaS est mort ! » (motto que l’on voit fleurir sur LinkedIn) est tout aussi stupide. La vraie question, en 2026, c’est de refaire simplement le calcul, en intégrant trois changements :
- les coûts cachés du SaaS n’ont jamais cessé d’exister, mais on commence enfin à les chiffrer,
- le coût du développement sur mesure a structurellement baissé grâce à l’IA, et continuera de baisser,
- la valeur du contrôle (données, roadmap, réversibilité) est de plus en plus stratégique.
Le bon réflexe, ce n’est ni tout SaaS ni tout sur mesure. C’est de calculer un TCO sur 5 ans, honnêtement, avec les bons coefficients. Et certainement accepter que la réponse sera plus souvent développement sur mesure qu’avant !
Passez à l’action
Si vous voulez qu’on fasse l’exercice pour un de vos projets, qu’il s’agisse d’une application métier sur mesure ou d’un arbitrage SaaS vs développement spécifique, n’hésitez pas à nous solliciter !
Publié le 6 mai 2026